Souvenirs de voyage : le travail en ferme en Australie

Je n’ai jamais vraiment parlé de mon expérience en ferme dans aucun de mes précédents articles, mais cela représente une si grande partie de mon aventure australienne que je me devais d’écrire quelque chose à ce propos. J’ai encore aujourd’hui des sentiments mitigés pour cette période de ma vie : je l’ai souvent détestée à l’époque, mais elle me manque régulièrement depuis. Mais revenons au départ : en quoi consiste le travail en ferme ? Comment est-ce que je me suis retrouvé là ? Voici des explications détaillées combinées avec l’histoire de ma propre expérience.

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1/ Qu’est-ce que le travail en ferme ?

Beaucoup de backpackers en Australie ont un but commun : obtenir un second visa. Le Working Holiday Visa (WHV) qui concerne les jeunes adultes jusqu’à 30 ou 35 ans de nombreux pays autour du monde est valable pour 12 mois seulement, débutant le jour de l’arrivée sur le territoire australien. Mais il est possible de l’étendre à une seconde année : en travaillant en ferme pendant 88 jours.

Pour être 100% exact, ce n’est pas la seule option. Il est aussi possible de travailler dans les mines, ou pour certains visas spécifiques (pour les Américains par exemple) il existe le « regional work » : travailler dans des lieux reculés d’Australie, dans la moitié nord du pays. Mais la manière la plus courante d’obtenir son second visa, et la seule dont je vais parler ici reste le travail en ferme.

Autre précision, il est aussi désormais possible d’obtenir un troisième visa d’un an, à condition d’avoir travaillé en ferme pendant au moins 6 mois au cours de sa deuxième année.

En quoi cela consiste-t-il exactement ? Il s’agit de travailler dans une ferme (le plus souvent pour du ramassage de fruits ou de légumes, mais il peut aussi s’agir d’une exploitation laitière ou d’élevage par exemple) pour au moins 88 jours, ou 3 mois consécutifs en restant au même endroit. Concrètement, il est possible par exemple de travailler 20 jours dans une ferme, 30 dans une autre et 38 dans une troisième pour atteindre ce total, ou bien même un jour dans 88 exploitations différentes ! Mais la manière la plus rapide d’y parvenir est de rester dans la même ferme car cela autorise à inclure les journées de repos dans le total, tandis qu’on ne peut compter que les jours réellement travaillés si l’on passe d’un endroit à un autre. Vous me suivez toujours ? Ces deux exemples vous aideront peut-être à y voir plus clair.

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Dans ces exemples, le numéro 1 a eu besoin de trois semaines de plus pour valider son temps de travail en ferme que le numéro 2, qui a pourtant travaillé 26 jours de moins en tout !

Il y a une autre restriction mais celle-ci est moins gênante : il n’est possible de travailler qu’à la campagne et pas dans les principales zones urbaines d’Australie autour de Melbourne, Sydney ou Brisbane par exemple. Mais il n’y a de toute manière pas beaucoup de fermes dans ces régions…

Etant donné le temps que cela prend, il est crucial de débuter le travail en ferme le plus tôt possible pour l’achever avant la fin de son premier visa. J’ai personnellement commencé à chercher une ferme après à peine 2 mois dans le pays. J’ai été chanceux (enfin c’est ce que je pensais à ce moment-là) : il ne m’a fallu que 2 jours de recherches sur internet et quelques coups de téléphone pour trouver un job, grâce à un contact qu’une personne de mon auberge à Brisbane m’avait donné.

2/ Ramassage de fraises dans le Queensland

C’était le tout premier travail que je trouvais en Australie ; mais il s’est vite avéré être également le pire. Je travaillais dans une ferme de fraises, ce qui consistait à en ramasser toute la journée, de 6h du matin à la fin d’après-midi, 6 jours par semaine. J’étais assis sur une sorte de lourd chariot ouvert au milieu et difficile à diriger, les jambes de chaque côté de rangées de fraises, devant pousser sur mes pieds pour avancer en marche arrière tout en étant constamment penché sur le sol pour ramasser les fruits avant de les placer dans deux paniers en face de moi : un pour les bonnes fraises, l’autre pour les laides et abîmées.

farmwork-australia-strawberry-picking

farmwork-australia-strawberriesC’était extrêmement physique et difficile. J’étais complètement épuisé à la fin de la journée, n’attendant plus qu’une chose : aller me coucher. La paye était très faible : nous étions payés par rapport au nombre de fruit que nous ramassions, avec un ratio plus faible pour les fraises abîmées. Je ne me souviens plus du ratio exact mais ce dont je me rappelle c’est que je touchais environ 600 dollars australiens pour 60h de travail par semaine, soit environ 10$/h. En guise de comparaison, le salaire minimum lorsqu’on est payé à l’heure en Australie est de 21,6$… Encore une chose : les propriétaires de la ferme et les superviseurs étaient soit malpolis et mauvais, soit ils se fichaient simplement de nous. En dehors d’un Français assez bizarre et pas très sympa, de sa copine Suédoise et d’un Italien taciturne, tous les autres travailleurs étaient asiatiques et la plupart d’entre eux parlaient à peine anglais, ce qui rendait toute communication difficile. Le soir, je conduisais jusqu’à mon camping quelques kilomètres plus loin où je dormais dans mon van à côté d’un groupe de Français qui rencontraient les mêmes problèmes dans leurs fermes respectives. C’était un léger réconfort de partager nos histoires avec une bière autour d’un feu de camp.

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Je suis parti au bout de deux semaines, plus tellement sûr de vraiment vouloir accomplir mes 88 jours de ferme.

Au moins la région dans laquelle je travaillais était très belle. J’étais à 50km au nord de Brisbane, proche de Noosa et de la Sunshine Coast, juste à côté des magnifiques Glass House Mountains et non loin de Bribie Island. J’ai même mis en ligne une galerie photos de tous ces endroits, allez y faire un tour !

3/ Deuxième tentative

Quatre mois plus tard, ma décision était prise : j’adorais tellement vivre en Australie que j’étais prêt à quitter mon job dans un café de Melbourne pour retourner travailler en ferme. Ma première expérience m’avait appris que ramasser des fraises ou tout autre sorte de fruit ou légume poussant au sol était extrêmement difficile, et je cherchais cette fois plutôt à travailler dans un verger ; par chance il y en avait de nombreux au nord du Victoria. Début février 2017, je quittais Melbourne pour conduire vers le nord, jusqu’à une ferme perdue au milieu de nulle part, non loin de la frontière avec le New South Wales. L’endroit était si reculé que je n’avais pratiquement plus de réseau sur mon téléphone. Les photos ci-dessous montrent l’espace cuisine et les cabines où j’allais vivre, ainsi que le bâtiment salle de bain/toilettes.

Malheureusement, cette seconde expérience ne s’est pas avérée bien meilleure que la première. Pas à cause du boulot en lui-même : j’étais debout sur la plateforme d’une nacelle que je conduisais tout en ramassant des pêches. Je les plaçais dans un sac que je portais devant moi puis lorsqu’il était plein je le vidais dans une large caisse en bois : la « bin ». Le plus compliqué était de diriger la nacelle entre les arbres ! Seul problème : je n’ai travaillé que quelques heures sur toute la semaine que j’ai passée là…

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J’avais quitté Melbourne un lundi, en prévoyant de commencer à travailler le lendemain. En raison d’excuses variées du propriétaire de la ferme (de la pluie les jours précédents, un problème sur son camion, chaque fois annoncé au tout dernier moment…) j’ai en réalité commencé le jeudi, et pas pour longtemps : au même moment, une vague de chaleur toucha le sud-est de l’Australie, avec des températures atteignant les 44°C ; la journée de travail s’est donc achevée dès 14h, et le travail ne devait reprendre que le samedi après que les températures aient baissé, ce qui me paraissait logique. J’ai passé mon vendredi à me rafraichir dans la Murray River qui marque la frontière entre le Victoria et le New South Wales et était de retour au verger tôt le samedi matin. Mais personne d’autre n’était là : on ne m’avait pas prévenu, et c’était encore un jour de gâché.

C’en était trop. Je passais le reste de ma journée à chercher un autre endroit pour travailler et finit par en trouver près de la ville de Shepparton, 50 kilomètres plus loin et un peu plus proche de Melbourne. J’y conduisis le dimanche commençais à y travailler le lundi suivant.

4/ Pommes et poires

C’est ainsi que je me suis retrouvé au caravan park de Mooroopna, à l’ouest de Shepparton. J’ai vite compris que l’endroit était (et est probablement toujours) célèbre parmi les backpackers. Le campement était géré par une femme qui avait des contrats avec tous les fermiers locaux. Chaque fois que l’un d’entre eux cherchait des travailleurs, elle lui envoyait des backpackers. Je me souviens toujours du nom de ces fermes : Pogue (où tout le monde détestait travailler), Ardmona, Mars et son très sympathique superviseur Kevin… Cela peut ressembler à un deal intéressant : nous étions assurés de travailler tous les jours, nous pouvions rester trois mois consécutifs et le travail en lui-même n’était pas trop dur. Mais au final, le deal était intéressant surtout pour elle et pour les fermiers : ils pouvaient compter sur une source inépuisable de main d’œuvre tandis qu’elle récupérait une commission sur notre dos, et si nous voulions continuer à travailler nous devions rester dans son campement, où les prix étaient particulièrement élevés : 100$/personne/semaine pour dormir en tente ou dans son propre van, 150$ pour vivre dans une petite cabine avec trois autres personnes. On peut trouver une chambre partagée dans le centre de Melbourne pour ce prix ! La voiture qu’elle conduisait prouvait qu’il s’agissait d’un business lucratif

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Vous vous demandez peut-être pourquoi je suis resté, même après avoir compris tous ces mauvais aspects. Les raisons sont multiples. C’était facile et confortable, surtout comparé à mes précédentes expériences en ferme. Je pouvais choisir quand prendre une pause ou quand partir dans l’après-midi sans qu’un superviseur agressif ne m’en donne l’autorisation. Je savais que j’allais travailler sans interruption pendant trois mois et qu’au final tous les papiers officiels me permettant d’obtenir un second visa seraient signés. Récolter des pommes et des poires était bien plus enviable que ramasser des fraises : au moins je n’avais pas à rester penché toute la journée ! La paye était médiocre mais restait à peu près décente. Et puis enfin ce qui a réellement fait la différence et m’a poussé à rester ce sont les personnes fantastiques que j’ai rencontrées là, mais j’y reviendrai plus loin.

farmwork-australia-apples-2Le travail était le même que pour les pêches dans ma ferme précédente, mais avec des poires et après quelques semaines des pommes. Nous avions tous notre sac que nous portions sur le ventre et que nous remplissions de fruits avant de le vider dans une de ces bins. La seule différence était l’absence de nacelles : nous devions porter avec nous d’assez lourdes échelles pour atteindre le sommet des arbres. Ce n’était pas forcément très sûr et je suis même tombé une fois, heureusement sans dommages.

J’estimais la capacité d’une bin à environ 2000 fruits ; nous étions payés entre 30 et 35$ à chaque fois que nous en remplissions une, ce qui revient à environ… 2 cents par fruit ! Au début, une bin me prenait environ 3 heures, et je ne parvenais pas à en faire plus de deux ou trois par jour, mais j’étais bien plus rapide à la fin : j’ai plusieurs fois réussi à en remplir jusqu’à 5 par jour, en passant moins d’une heure et demi par bin. Pendant ces trois mois, j’ai touché entre 600 et 900$ par semaine, pour 40 à 50 heures de boulot. Pas trop mal, mais ce n’est rien comparé à ce que certains sont capables de faire. Parmi tous les backpackers étrangers, un jeune Australien d’environ 25 ans séjournait également au campement. Il gagnait sa vie en allant en van de ferme en ferme autour du pays pour vendre ses services. Et c’était rentable : il était capable de remplir jusqu’à 9 bins par jour !

5/ La famille de Mooropna

Et soudainement, à la moitié du mois de mai, c’était fini. J’attendais ce moment avec impatience depuis des semaines : j’étais fatigué de travailler dehors dans la chaleur de l’après-midi ou dans le froid du petit matin, Melbourne me manquait et j’avais hâte de reprendre la route à bord de mon van. Mais lorsque j’ai quitté le caravan park, je n’ai pas pu empêcher d’être envahi par une vague de nostalgie : je laissais derrière moi des souvenirs exceptionnels de moments passés avec des backpackers venus du monde entier. Nous étions comme une famille, nous soutenant dans les moments difficiles et appréciant à leur juste valeur chaque petit moment qui venait ponctuer notre quotidien : le tournoi de poker le jeudi soir, le poulet grillé-frites hebdomadaire acheté au magasin au coin de la rue, des soirées films ou soirées jeux, des dîners en commun et des couchers ou levers de soleil extraordinaires comme je n’en ai jamais vu ailleurs qu’en Australie.

Cette période n’était facile pour aucun d’entre nous, et c’est ce qui nous a tant rapprochés (ça et le fait de partager une cabine de 20m² à 4 personnes). Nous avions tous notre propre rituel pour préserver notre espace personnel : telle personne dessinait et écrivait, telle autre prenait des cours d’anglais sur internet, telle autre encore apprenait le tricot… Personnellement, je m’offrais chaque soir en rentrant du travail un moment détente cookie-bière. Mais nous étions aussi constamment ensemble et partagions tout ce qui nous arrivait : nos émotions, notre tristesse ou notre colère après une mauvaise journée de travail, nos histoires de voyage… Nous étions de vrais frères et sœurs, et parfois des parents pour les nouveaux qui arrivaient au caravan park, leur expliquant à quoi ils devaient s’attendre. Je n’ai jamais rien vécu de comparable à aucun autre moment de ma vie, et c’est la raison pour laquelle j’aurais parfois aimé que cela se prolonge. Je n’oublierai jamais ces trois mois à Mooroopna et toutes les personnes que j’y ai rencontrées !

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Je dédie cet article à Maikel, Maya, Marina, Matt, Marco, Josh, Elsa, Lisa & Daniel, Lisa, Anton, Pablo, Bela, Falk, Carla, Tiphaine & Alex, Emilie & Jerry, Arthur, Thomas, Charlotte, Jodie, Tonisha, Adam, Illar et tous les autres.

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