« A Saint-Nazaire, de nos navires nous sommes fiers »

Si vous avez déjà pris part à une croisière sur un immense paquebot, il y a de bonnes chances qu’il ait été construit dans ma ville natale. Depuis la seconde moitié du 19ème siècle, les chantiers navals de Saint-Nazaire ont donné naissance à certains des navires les plus célèbres de l’histoire : le Normandie en 1935, le France en 1962 ou plus récemment le Queen Mary 2 en 2003. J’avais envie de tenter de décrire dans cet article la profonde connexion entre les Nazairiens et « leur » chantier ; et comme le dit si bien une peinture murale dans le centre-ville, « A Saint-Nazaire, de nos navires nous sommes fiers ».

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📷 Pour plus de photos, allez voir ma galerie d’images de Saint-Nazaire.

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Saint-Nazaire, Vieux Môle Jetty, cruise ship

Tout le monde ou presque à Saint-Nazaire connait quelqu’un qui « travaille aux Chantiers ». Cela peut être un ami, un parent, un frère… ou une sœur, puisque de plus en plus de femmes sont aujourd’hui employées des Chantiers de l’Atlantique, leur nom officiel. Mon propre grand-père travailla sur la construction du France. Ainsi, à chaque fois qu’une crise s’abat, avec moins de contrats pour de nouveaux bateaux et une concurrence internationale accrue, ce n’est pas seulement l’économie locale qui en prend un coup, mais aussi le moral de tout le monde. Parfois, on aurait pu croire que la ville entière entrait en dépression.

Jusqu’au début de cette année, le chantier travaillait au maximum de ses possibilités. Il a acquis ces dernières années une réputation mondiale d’excellence, et grâce notamment à un accord signé en 2019 avec l’armateur MSC (Mediterranean Shipping Company), le carnet de commande était complet au minimum jusqu’en 2030. D’ici là, un nouveau paquebot devait être livré tous les 6 mois, un record ! Mais entre temps, la crise du coronavirus est passée par là, avec de lourdes conséquences pour l’industries des croisières, et il est aujourd’hui impossible de prédire quelle sera la situation dans les années à venir.

Saint-Nazaire, harbour, Celebrity Edge

Est-ce la cause de la bonne santé récente des Chantiers, la conséquence ou bien un mélange des deux, Saint-Nazaire qui avait pendant longtemps la réputation d’une ville grise et ennuyeuse jusque dans les années 1990 de mon enfance a désormais énormément changé. Si la ville souffre toujours parfois d’un manque de considération, ce n’est désormais plus que de la part de ceux qui n’y sont jamais venus. Avec ses 20 plages, sa vie culturelle croissante ou ses récentes et magnifiques peintures murales, ma ville devient petit à petit une destination touristique à part entière, et plus uniquement pour ses sites industriels. Je suis heureux de contribuer un petit peu à ce changement via mon poste à l’Office de Tourisme.

L’une des choses que j’aime le plus avec les paquebots, c’est l’extraordinaire paysage urbain qu’ils composent. Même si j’y suis habitué, jamais je ne me lasserai du spectacle d’un de ces géants amarré dans le port de Saint-Nazaire, faisant paraître minuscule chaque autre bâtiment ou embarcation en comparaison. C’est également assez incroyable à quel point il est possible de les approcher, notamment quand ils sont dans la forme-écluse Joubert. Ce sas de 350m de long a été construit dans les années 1930 lorsque les navires devenaient de plus en plus grands. Le plus gros paquebot du monde à l’heure actuelle, le Symphony of the Seas, mesure 362m et a du être aménagé dans une autre section des Chantiers plus récente, mais certains bateaux y transitent toujours régulièrement, tels le Celebrity Apex et sa coque bleue à la forme caractéristique.

Le toit de la base sous-marine de l’autre côté des bassins du port offre également un excellent point de vue. C’est à mon avis le meilleur endroit pour apprécier la taille de ces paquebots, ainsi que l’immensité des Chantiers de l’Atlantique. Des visites guidées permettent d’y accéder : elles sont réellement passionnantes et je vous les recommande chaudement ! Plus d’informations ici.

saint-nazaire-submarine-base-sunrise-celebrity-apex

Le moment du départ d’un paquebot est toujours particulier pour les Nazairiens. Nous savons tous qu’un navire qui part ne revient jamais ; ils passent en général le reste de leur vie en Méditerranée ou dans les Caraïbes. J’ai vu des dizaines de paquebots quitter la ville, mais toujours avec émotion, notamment lorsque la corne de brume résonne pour saluer les milliers de personnes massées sur les quais et jetées.

Il y a eu une exception notable en juin 2017, avec un événement unique du nom de The Bridge, qui célébrait les 100 ans de l’amitié Franco-Américaine. Pendant quelques jours, le Queen Mary 2 est revenu à Saint-Nazaire pour la première fois depuis sa construction. J’ai malheureusement manqué cet événement car j’étais encore en Australie, mais tous ceux qui m’en ont parlé m’ont décrit une ferveur et une émotion exceptionnelles, avec le plaisir de recevoir le « QM2 » à nouveau « chez lui » !

En octobre 2019, j’ai eu la chance de passer une soirée à bord d’un bateau-pilote avec quelques collègues de l’Office de Tourisme pour suivre le départ du MSC Grandiosa. Nous le retransmettions en live sur les réseaux sociaux (la vidéo Facebook est visible ici), tandis que j’étais en charge de prendre des photos. Les manœuvres débutèrent au crépuscule, et il faisait nuit au moment où le Grandiosa quittait le port. J’ai pris autant de photos que possible, concentré sur mon travail, mais sans me priver par moments d’apprécier cet instant exceptionnel, un grand sourire sur le visage, fasciné par le spectacle de cet immense paquebot face à moi.

Qu’en est-il de l’impact environnemental ?

Je ne vais pas essayer de faire semblant : oui, il y a une contradiction entre prôner le changement dans nos comportements de voyageurs et admirer d’immenses paquebots de croisière. J’aurais peut-être vu les choses différemment si j’avais grandi ailleurs, mais en passant toute mon enfance à Saint-Nazaire les paquebots font presque partie de mon ADN, et je ne peux pas m’empêcher de les trouver fascinants. Mais oui, c’est vrai, ces géants des mers polluent beaucoup et le fait qu’ils sillonnent les océans partout sur Terre a un impact indiscutable sur l’environnement.

saint-nazaire-harbour-sunrise-celebrity-apex

Ceci-dit, cette industrie est à la pointe dans le secteur de la transition énergétique. Les paquebots construits aujourd’hui sont moins énergivores, et leurs émissions de gaz ont été considérablement réduites par rapport à leurs prédécesseurs (qui sont malheureusement toujours en service en revanche). L’armateur MSC a récemment annoncé qu’ils allaient compenser toutes leurs émissions de CO2 pour devenir neutres en carbone, et ce dès cette année, et les premiers paquebots à voile devraient voir le jour dans la prochaine décennie. Il reste encore beaucoup de choses à améliorer, mais je pense sincèrement qu’il s’agit d’un bon début. Reste à savoir à quoi ressemblera l’avenir du secteur des croisières dans un monde post-Covid-19…

Mon plus gros souci avec les paquebots de croisière à l’heure actuelle concerne plutôt le tourisme de masse. Des villes comme Venise souffrent beaucoup de l’arrivée de ces géants dans leur port, pas dimensionnés pour accueillir des navires de cette taille. Mais en même temps, regrouper 5000 personnes sur le même bateau équivaut aussi à réduire le nombre de voitures ou d’avions en circulation… Je serais heureux de lire votre opinion sur ce sujet épineux dans les commentaires de cet article !

J’avais initialement fini de rédiger cet article au mois de mars 2020, alors que le paquebot Celebrity Apex venait d’être terminé et s’apprêtait à quitter le port de Saint-Nazaire. Sa construction avait débuté officiellement le 23 juillet 2018, et il avait fallu moins de deux ans pour l’achever ! J’attendais alors son départ avec impatience, puisqu’il était prévu que mes collègues de l’Office de Tourisme et moi le diffusions à nouveau en live depuis le même bateau pilote, mais cinq mois plus tard il est toujours à quai. Plus de 150 membres de l’équipage présent à bord ont été testés positifs à la Covid-19 au plus fort de la crise sanitaire, et tous ont fini par être évacués. Personne ne sait aujourd’hui quand l’Apex quittera le port… Le voici pris en photo il y a quelques jours, faisant face au superbe voilier Belem construit à Nantes à la fin du 19ème siècle et lui aussi temporairement amarré à Saint-Nazaire.

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