La mélancolie de l’après-voyage

Ce vendredi, alors que mon voyage en Italie touchait à sa fin, j’ai écrit le texte suivant comme une tentative de capturer ce moment si spécial qui survient à chaque fin de vacances, essayant de mettre des mots sur mes pensées, décrivant les sentiments particuliers de cette mélancolie d’après-voyage. Je suis maintenant de retour chez moi mais toujours dans le même état d’esprit, c’est pourquoi j’ai décidé de le partager avec vous, bien qu’il soit assez personnel. J’espère néanmoins que cette lecture vous plaira !

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J’essaye d’écrire ces lignes le plus vite possible, à chaud, avant que les sentiments qui m’habitent ne s’évaporent, aussi évanescents que les moments de bonheur de ces derniers jours. J’aurais aimé pouvoir les étirer encore et encore, à l’infini peut-être, capturer dans la paume de ma main cette essence de joie pour m’en nourrir autant que possible. Mais rien ne dure jamais éternellement, et cela ne ferait que vider ces instants éphémères de leur substance : c’est justement leur rareté, leur insouciance, leur légèreté qui font leur beauté et leur force. Vouloir les revivre en boucle n’est qu’une des innombrables contradictions de mon esprit.

Il est vendredi soir et c’est mon dernier jour en Italie. Demain je prendrai la direction de la Suisse, puis de la France dimanche pour rentrer chez moi. J’arrive au terme de mes deux semaines de vacances, mais pour moi c’est comme si l’aventure s’était achevée dès ce matin alors que je quittais Côme sous la pluie, avec un mélange doux-amer d’infinie tristesse et de souvenirs fabuleux au fond de la gorge. J’écoute en boucle depuis une chanson elle aussi particulièrement mélancolique que j’ai découvert totalement par hasard la veille au soir : Big Scary – The Opposite Of Us.

Ce voyage s’est déroulé en deux parties. Une première partie « classique », lors de laquelle j’ai résidé soit en Airbnb soit à l’hôtel. Pendant une semaine, paysages exceptionnels et villes magnifiques se sont succédé : Pise, les Cinque Terre, Venise, les Dolomites… Et puis une seconde partie bien plus inattendue, de Vérone à Côme, en auberges de jeunesse cette fois, moins riche en découvertes mais d’une intensité exceptionnelle. C’est de cette partie dont je veux parler ici.

J’avais choisi volontairement d’éviter les auberges de jeunesse au début de mon séjour par crainte du Covid. Décidément, au-delà des effets sur la santé et du drame humain qu’ont vécues tant de familles, ce virus a une capacité unique à nous déposséder de tout ce que nous aimons, à détruire tout ce qui fait que la vie est belle : la possibilité de se rassembler, de vivre en société, de partager des moments festifs, de faire des rencontres. Je ne sais pas vraiment pourquoi arrivé au milieu de mon voyage j’ai décidé de changer mes plans pour passer mes nuits suivantes en auberge de jeunesse, mais je ne peux que me féliciter de ce choix qui a transformé mes vacances pour les rendre encore plus uniques et inoubliables.

C’était mon premier voyage seul depuis plus d’un an et demi. Je crois que lors de ces derniers mois, j’avais oublié à quel point j’adorais ça. J’avais oublié l’atmosphère unique des auberges de jeunesse, cette sensation incroyable que tout est possible, la facilité avec laquelle les rencontres se font et se défont, l’intensité des liens qui se créent parfois pour quelques heures seulement, sans penser au lendemain qui soudainement n’existe plus. C’était presque comme une sorte de renaissance : je retrouvais des émotions enfouies profondément en moi et que je ne pensais peut-être plus jamais revivre. Je n’avais plus connu ces sentiments depuis ces quelques jours à San Francisco en mai 2018. Il y a deux ans et demi déjà !

Lorsque je suis arrivé dans cette toute petite auberge près du centre de Vérone dimanche soir, il y avait James et Dominic, Anglais et Irlandais avec qui j’allais randonner deux jours plus tard au bord du lac de Garde ; Rachel, Anglaise aussi qui partait pour Milan le lendemain ; et puis trois jeunes Allemands, Franz, Lili et Valentin et une autre Anglaise, Sian, qui après Vérone allaient comme moi jusqu’à Côme, là encore dans la même auberge (et même dans le même dortoir !). En tout, je n’ai vu ces personnes que quelques heures, nous n’avons passé que deux ou trois soirées ensemble tout au plus et je ne les recroiserai sans doute jamais, mais cela suffit pour que les moments vécus en leur compagnie deviennent inoubliables, comme ceux passés avec Hugues, Mathilde et Valentin à Québec, avec Théo et Khalia à Prague, avec mes Banana Friends à Hawaï… pour ne citer qu’eux parmi tant d’autres (si vous vous posez la question : non, je ne me rappelle pas systématiquement des prénoms de toutes les personnes que je croise, mais les visages et les moments vécus eux restent gravés !).

lake-garda-malcesine-view

Lorsque j’ai quitté Côme ce matin, je ne reconnaissais que trop bien ce sentiment doux-amer qui me submergeait et que j’ai déjà vécu tant de fois ; à mon retour d’Australie en juillet 2017, à l’aéroport de San Francisco un an plus tard, au moment de quitter définitivement Melbourne en février 2019, même si à ce moment-là les raisons qui me poussaient à rentrer n’étaient plus les mêmes. C’est la mélancolie de l’après-voyage, ces instants magiques retenus le plus possible mais qui disparaissent sitôt vécus, ces souvenirs qui viennent peupler la galerie de lieux, d’instants et de visages de mon esprit. Je n’ai pas envie que ces moments s’arrêtent, mais même les meilleures choses ont une fin, et c’est bien parce qu’elles en ont une qu’elles sont si intenses.

Lake Maggiore, beach

La mélancolie de l’après-voyage : une allégorie

Il ne me reste plus qu’une seule solution : repartir, recommencer, et retrouver à chaque voyage ce goût si particulier, ce bonheur inouï qui ira toujours de pair avec cette mélancolie profonde. A quand le prochain ?

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2 thoughts on “La mélancolie de l’après-voyage

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