Byron Bay : un début et une fin

Joyeux Noël et belles fêtes de fin d’année !

Je vous promettais une surprise depuis le début du mois ; maintenant que mon calendrier de l’Avent est terminé, il est temps de la révéler : aujourd’hui marque la fin d’Inside My Backpack, mais aussi le début d’un tout nouveau projet !

J’ai démarré ce site web en 2017. Depuis, j’ai publié près de cent articles, tous rédigés en anglais puis traduits en français. Vous avez été plus de 14 000 visiteurs, parcourant plus de 50 000 pages. Je vous suis très reconnaissant pour tout le soutien que j’ai reçu et je suis fier de ce que j’ai accompli ces dernières années, mais j’ai l’impression que continuer à publier de nouveaux articles a de moins en moins de pertinence alors que je n’ai plus voyagé depuis des mois, en-dehors de quelques brèves périodes. En d’autres termes, je n’ai plus d’inspiration.

Ce n’est pas une fin définitive pour autant ; je partagerais peut-être à nouveau du contenu à l’avenir, mais en tout cas pas dans les prochains mois. Si vous voulez continuer à me suivre, je publierai toujours régulièrement des photos sur mon compte Instagram, et j’alimenterai aussi de temps en temps ma page Facebook. Et puis vous pouvez aussi vous replonger dans mes 108 galeries d’images, avec toutes mes photos préférées d’un peu partout dans le monde !

L’aventure Inside My Backpack s’arrête là, mais je travaille sur un nouveau projet depuis quelques semaines déjà sur lequel je veux me concentrer désormais. J’écris actuellement un livre à propos de mon voyage en Australie, basé sur les souvenirs de mon propre périple, et entrecoupé d’anecdotes historiques ou décalées sur le pays. Et comme c’est encore un peu Noël aujourd’hui, j’ai un petit cadeau pour vous : voici une large partie de l’ébauche du second chapitre, dédié à mon arrivée à Byron Bay, le premier endroit où je me sois rendu en Australie. Parler de ces moments très particuliers au tout début de ce voyage inoubliable alors que je publie le tout dernier article sur ce site me semblait être une belle manière de boucler la boucle. J’espère que la lecture vous plaira !

📷 Pour plus de photos, allez voir ma galerie d’images de Byron Bay.

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Tout le monde vous dira du bien de Byron Bay. Les surfeurs vous vanteront ses vagues parfaites, les hippies vous conseilleront d’aller à l’auberge « Arts Factory » et au village de Nimbin à quelques kilomètres, les amoureux de la nature vous en parleront comme l’un des meilleurs endroits en Australie pour l’observation des baleines au large, les passionnés de photographie vous montreront leurs clichés pris au célèbre phare au lever du soleil… et aujourd’hui, je peux moi-même vous affirmer que c’était le lieu idéal pour débuter mon aventure australienne. C’est le genre d’endroit où on arrive par hasard pour y passer quelques jours, et où on finit par se réveiller dix ans plus tard, pieds nus sur la plage, en essayant désespérément de se rappeler à quoi ressemblait la vie compliquée qu’on avait avant.

Surfers, Byron Bay

Tout semble tellement simple à Byron Bay. C’est une petite bourgade paisible et tranquille du nord de l’état du New South Wales, où un peu moins de dix mille heureux habitants résident à l’année. L’environnement naturel y est magnifique, à commencer par le cap Byron, point le plus oriental de l’Australie qui lui a donné son nom, et qui fût lui-même désigné ainsi par le célèbre explorateur James Cook en l’honneur du navigateur britannique John Byron. La ville est bordée de longues et superbes plages de sable fin, tandis que l’arrière-pays se compose de montagnes, cascades et forêts tropicales. Il y fait beau toute l’année, et si les températures maximales descendent rarement en-dessous de 20°C en hiver, elles ne sont pas non plus suffocantes lors des mois d’été les plus chauds que sont janvier et février. Enfin, Byron Bay jouit d’une atmosphère décontractée unique, provenant notamment de l’arrivée d’une large communauté de surfeurs et de hippies dans les années 1960-70. C’est aujourd’hui devenu un lieu très touristique, mais son ambiance alternative et relaxante a subsisté.

J’y suis arrivé en fin de matinée, après une petite heure de route environ depuis l’aéroport de la Gold Coast. J’avais commencé par faire quelques pas dans le centre-ville, où friperies bohèmes et hipsters jouxtent cafés, restaurants et boutiques de surf, puis je m’étais acheté de quoi manger et j’avais déjeuné au bord de la plage, faisant face pour la première fois de ma vie à l’Océan Pacifique. J’avais ensuite rejoint le logement dans lequel j’avais réservé une chambre en Airbnb pour les deux nuits suivantes. Là, la fatigue et le décalage horaire m’avaient finalement rattrapé et je m’étais effondré sur le lit pour une sieste revigorante, dont je n’étais ressorti que dans l’après-midi.

Etant la ville la plus orientale du continent australien, Byron Bay est le premier endroit du pays où le soleil se lève à l’horizon, spectacle prisé des touristes et photographes en tout genre… mais c’est aussi, mécaniquement, le premier endroit où la nuit tombe. C’était le tout début de l’hiver austral, quelques jours seulement après le solstice du 21 juin, période de l’année où les journées sont les plus courtes dans l’hémisphère sud, et le soleil se couchait aux environs de 17h. En me réveillant de ma sieste vers 16h, je fus surpris de voir le disque astral déjà si bas à l’horizon, et je me dépêchais de rejoindre le bord de mer pour profiter des derniers instants de la journée.

Easterly point, Byron Bay

Cette soirée fût le premier grand moment de bonheur intense que je vécus en Australie. Il allait être suivi de beaucoup d’autres dans les mois à venir, mais les souvenirs de ces quelques instants resteront gravés en moi pour toujours.

Imaginez le tableau : j’étais assis sur un rocher avec devant moi la plage principale de Byron Bay et sa population de surfeurs inlassablement à la recherche de la vague idéale ; plus loin sur la droite, la côte s’achevait aux falaises du cap Byron, surplombé par son fameux phare. Le lendemain j’allais faire le tour de cette péninsule à pied, admirant baleines et oiseaux multicolores, avant d’y retourner au petit matin le jour suivant pour y faire mes propres photos du lever de soleil. A ma gauche, le rivage se prolongeait jusqu’à l’horizon dans une infinité de collines boisées aux reflets bleutés, dominées par la silhouette imposante du Mt Warning, plus poétiquement nommé Wollumbin qui signifie « accroche-nuages » en langage aborigène local. Je ne savais pas encore que je le gravirais quelques jours plus tard pour admirer la vue magnifique depuis son sommet. C’est face à ce spectacle de toute beauté que j’ai ouvert pour la première fois un objet qui me tenait particulièrement à cœur.

Avant de quitter la Suisse, Robin, un de mes meilleurs amis, m’avait fait un présent particulièrement marquant. Il m’avait offert un cahier dans lequel il avait consigné un récit de voyage, décrivant des instants inoubliables qu’il avait vécus quelques mois plus tôt en Equateur, au cours d’un périple de plusieurs semaines en Amérique du Sud. Sur les pages suivantes laissées blanches, je devais à mon tour écrire une histoire en rapport avec les aventures que j’allais vivre puis transmettre le cahier à un autre voyageur, et ainsi de suite jusqu’à ce que toutes les pages soient remplies et que la dernière personne à l’avoir entre les mains le renvoie à Robin qui avait pris soin d’y inscrire son adresse. L’idée était simple mais je l’avais trouvée extraordinaire, et j’avais été très touché d’être la première personne choisie pour transporter ce cahier. J’avais pour ordre de ne pas l’ouvrir avant d’avoir posé le pied en Australie, et ce moment m’était apparu comme idéal pour lire son histoire. En voici le premier paragraphe :

Dans la torpeur de cette fin d’après-midi orageuse de juin, rien ne se passe, ou si peu. Je cherche désespérément une activité pour occuper mon esprit. Dans mon bureau, seul un ridicule ventilateur tournoie sans fin au-dessus de moi. Il tourne, tourne, tourne jusqu’à broyer du noir. Dehors, un train passe, et comme lui je voudrais m’en aller, filer à travers les paysages, laisser mon regard se poser sur chaque chose et mon imagination vagabonder avec les passants. Sur ma table, laissé au milieu d’une pile de livres, j’aperçois mon carnet de voyage et je l’ouvre au hasard…

byron-bay-book

J’ai adoré ma lecture. Le récit que je venais d’avoir sous les yeux m’avait beaucoup ému, et soudainement, le paysage somptueux que j’avais face à moi s’est mêlé aux échos lointains d’une fête qui avait eu lieu des mois plus tôt à l’autre bout du monde, et aux souvenirs que Robin avait décrits avec tant de justesse. J’étais quelque part entre l’Australie et l’Equateur, à mi-chemin entre le rêve et la réalité.

Le meilleur était encore à venir. Les couleurs de ce cadre déjà idyllique ont progressivement gagné en intensité au fur à mesure que le soleil s’abaissait et que tous les éléments du décor prenaient petit à petit une teinte cuivrée. En contrebas du rocher où je m’étais assis, les vagues qui léchaient le sable laissaient sur leur passage un crépitement de mousse dorée. Une chanteuse s’est installée derrière moi, mêlant les sons de sa voix et de sa guitare folk aux cris des dizaines d’oiseaux venus nicher pour la nuit dans les arbres un peu plus loin. Je suis resté là seul jusqu’au moment où le soleil a définitivement disparu à l’horizon, abandonnant derrière lui un dégradé invraisemblable de couleurs dans le ciel. Je n’avais pas mon appareil photo avec moi et je n’ai pas cherché non plus à prendre le moindre cliché avec mon téléphone, mais cela n’avait aucune importance : ces images sont gravées à tout jamais dans ma mémoire et rien ne pourra jamais les en effacer (les photos qui illustrent ce texte ont été prises le lendemain). Tous les doutes qui m’habitaient depuis mon départ, toutes mes inquiétudes et toutes mes idées noires ont disparus, remplacés par un sentiment exaltant de liberté, plus fort que je ne l’avais jamais ressenti auparavant. C’était une véritable révélation, une épiphanie ; je touchais du doigt l’essence même de ce voyage, je commençais à entrevoir la réponse à des questions que je ne m’étais pas encore posées, et subitement, être là tout seul à près de dix-sept mille kilomètres de chez moi n’était plus effrayant, c’était devenu excitant. Je n’avais plus d’appréhension mais une certitude, celle d’avoir pris la bonne décision. A ce moment précis, je savais que j’étais exactement là où je devais être.

Quelques mois plus tard, c’est cette première soirée en Australie que j’ai choisi de consigner dans le cahier de Robin avant qu’il ne poursuive son trajet de main en main. J’ai vécu beaucoup d’autres moments inoubliables dans ce pays, et si je devais n’en retenir qu’un seul, ce n’est peut-être pas celui-là que je choisirais, mais il restera pour toujours unique et spécial pour moi. C’était le premier moment de bonheur d’une longue et extraordinaire série.

Sunrise, lighthouse, Byron Bay

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